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« Picasso illustrateur » : l’exposition-événement au MUba de Tourcoing

Pablo Picasso est probablement l’artiste le plus connu de tous. Pourtant, il semble qu’il reste encore bien à découvrir de ce peintre majeur du XXème siècle. En témoigne l’exposition qui lui est consacrée en ce moment au MUba à Tourcoing,  « Picasso illustrateur », et qui présente de manière inédite les illustrations de l’artiste espagnol.

Celui dont Gertrude Stein disait qu’il “[choisissait ses amis] bien plus parmi les écrivains que parmi les peintres a en effet entretenu des liens étroits avec le monde de l’écriture, s’essayant d’ailleurs lui-même à la poésie dans les années 30. Cet attrait pour cet univers l’a conduit à collaborer avec des écrivains, des poètes, des éditeurs, et à réaliser plusieurs centaines d’illustrations au cours de sa carrière.

Le travail d’illustration permet à Picasso d’ouvrir la question du texte et de l’image, et de leur rapport l’un à l’autre. Avec lui, l’image ne se cantonne pas à sa visée descriptive, elle collabore pleinement avec le texte, quitte à parfois le dépasser.

Détail d’une œuvre de Picasso exposée à Tourcoing

L’illustration du tragique

Plusieurs thèmes se retrouvent dans l’exposition, mais s’il en est un plus bouleversant que les autres, c’est l’illustration du tragique que Picasso exploite à travers plusieurs séries d’illustrations.

La Tauromaquia

Tauromachie et corrida sont des thèmes chers à Picasso, lui qui allait, petit, assister à des corridas à Malaga avec son père. En homme fier de sa culture espagnole, il a fait de la figure du taureau un thème récurrent dans son oeuvre. L’animal lui permet aussi de questionner l’humain, particulièrement dans les scènes de corridas où l’homme se trouve confronté à la dualité de son être, entre bestialité et humanité. Combat d’animal à animal ou d’homme à bête, c’est tout le tragique de l’être humain qui est exprimé à travers ce dualisme.

Suerte de muleta Pablo Picasso

Si le thème de la tauromachie est extrêmement présent dans les oeuvres libres de Picasso, il l’est aussi dans les illustrations qu’on lui commande. En 1929, Gustavo Gilli, éditeur, demande à Picasso d’illustrer l’ouvrage La Tauromaquia de Pepe Hillo, véritable manuel pour les toreros et aficionados de la corrida. Picasso avait commencé à réaliser 6 gravures mais le projet n’avait pas été mené à son terme. 30 ans plus tard, c’est le fils de Gustavo Gilli qui reprit le projet et en fit paraître une nouvelle version, dont une partie est aujourd’hui présentée au MUba. On y retrouve quelques unes des 26 illustrations réalisées à l’aquatinte au sucre, un procédé de gravure permettant de laisser apparaître certaines surfaces créées au pinceau. A travers ces illustrations, Picasso, fidèle au texte de Pepe Hillo, transcrit soigneusement toutes les étapes de la corrida. L’ambiance de cette grande fête populaire est palpable, le regardeur est directement plongé au coeur du spectacle. Dans un jeu subtil d’ombre et de lumière, Picasso saisit le mouvement et retranscrit la tension du combat entre l’homme et l’animal. C’est un véritable hommage à son pays natal.

Le chant des morts

L’homme est un loup pour l’homme. Voilà le tragique destin de l’être humain. Dans Le chant des morts, le surréaliste Pierre Reverdy raconte à travers 43 poèmes la guerre, les morts, et la cruelle inhumanité de l’être humain.

Le chant des morts, Pablo Picasso

En 1945, Tériade, acteur important de la scène éditoriale de l’époque, décide de publier l’ouvrage. Il est de ceux qui révolutionnent le monde de l’édition en lui apportant modernité et liberté, comme l’atteste une autre de ses réalisations majeures, qui sera publiée en 1947, Jazz de Matisse (l’oeuvre avait été présentée au public lillois à travers une exposition-document en novembre 2018 au Palais des Beaux-arts : « Jazz-Matisse »). Tériade a l’idée de reproduire Le chant des morts en grandeur nature et dans sa version manuscrite, laissant ainsi apparaître les hésitations, ratures et améliorations du poète. Il n’en fallait pas moins pour séduire Picasso, avide de nouveauté, lui qui est alors un artiste largement reconnu. Ainsi débute donc une nouvelle collaboration entre l’artiste espagnol et un écrivain. Picasso réalise 125 lithographies pour Le chant des morts. L’artiste tantôt complète, tantôt accompagne, ou prolonge le texte de Reverdy, grâce à ses coups de pinceaux à la peinture rouge, alternant ainsi les formes qui jonchent les pages : lignes, points, cercles, arabesques et autres formes abstraites. L’oeuvre devient une oeuvre totale où texte et image dialoguent, et fusionnent. Le texte redouble de puissance, Picasso l’a sublimé. 

La légende veut que ce souci de fusion totale entre le texte et ses illustrations soit aussi le moyen d’éviter le fléau des « arracheurs », personnes qui arrachaient aux textes leurs parties illustrées pour les revendre comme oeuvres à part entière. Picasso, dont la côte était haute et donc rentable, était une cible privilégiée de ces « arracheurs ».

En quelques mots …

Finalement, l’illustration a accompagné l’artiste tout au long de sa carrière, lui permettant de varier les techniques employées, de la céramique à la lithographie, en passant par l’affiche et la gravure, et de varier les styles, de l’Antique au cubisme et à l’abstraction. Les illustrations de Picasso sont autant des oeuvres de commande que des oeuvres libres, de collaborations plus ou moins conséquentes, du frontispice à l’album entier. 

L’exposition « Picasso illustrateur » met en exergue tout le talent du maître espagnol et affirme une nouvelle fois la place prédominante qu’il a dans l’histoire de l’art.

C’est une exposition-évènement. Elle nous donne à voir l’oeuvre de Picasso sous un prisme jusqu’alors jamais exploité. Les prêts du musée national Picasso-Paris, du musée d’art et d’industrie – La Piscine de Roubaix ou encore du musée départemental Matisse la rendent d’autant plus exceptionnelle.

Informations pratiques

  • « Picasso illustrateur », au MUba Eugène Leroy à Tourcoing jusqu’au 13/01/2020
  • Du lundi au vendredi (sauf mardi) de 11h à 17h45
  • Le week-end de 13h à 18h45
  • Nocturne de l’exposition le vendredi 10 janvier de 18h à 20h45
  • Nocturne gratuite de l’exposition le samedi 11 janvier de 18h à 21h45
  • Tarif plein 8 euros                                                                                                          
  • Tarif réduit et moins de 25 ans 5,50 euros
  • 1 euro pour les Tourquennois

 


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