devenir matisse le cerf volant

« Devenir Matisse » : l’exposition qui rend hommage aux débuts du maître de la couleur

300 œuvres exposées dont 10 œuvres inédites de Matisse, seul prêt de l’année du MoMA, des œuvres de Gauguin, Delacroix, Goya, Van Gogh ou encore Rodin, plus de 30 000 visiteurs, 1200 articles de presse publiés dans le monde entier, l’exposition « Devenir Matisse » au musée du Cateau-Cambrésis a tout d’une exposition exceptionnelle.

A l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Matisse, son musée, celui qu’il a lui-même créé en 1952, lui rend hommage à travers une grande exposition sur ses débuts. Comment Matisse est-il devenu Matisse ? C’est ce cheminement, la construction de son identité au cours des 20 premières années de sa carrière, que raconte l’exposition au Cateau-Cambrésis.

De la construction de son identité à son émancipation

Henri Matisse naît dans une famille de tisserands. Son père est grainetier. Lui poursuit des études de droit et devient clerc d’avoué à Saint-Quentin. Pourtant, c’est vers la peinture qu’il se tourne, à 20 ans, après avoir découvert les chromos (petits paysages vendus dans des albums de reproductions) alors qu’il est en convalescence après une crise d’appendicite. Dès lors, la peinture ne le quittera plus.

“C’est la graine, il fallait que ça pousse, que le bourgeon éclate. Avant, rien ne m’intéressait. Depuis lors, je n’ai plus eu que la peinture en tête. C’est une croissance folle qui vient d’on ne sait d’où.”

L’influence du travail des maîtres dans son apprentissage

Matisse s’inscrit en cachette à l’école de dessin de Quentin de la Tour avant d’obtenir de ses parents l’autorisation de descendre à Paris étudier auprès d’artistes et professeurs reconnus. Il veut intégrer les Beaux-arts.

A son arrivée à Paris, en 1892, Matisse rencontre William Bouguereau, peintre académique par excellence, qui lui dispense des cours au sein de l’Académie Julian. Matisse ne restera que 15 jours auprès de Bouguereau, agacé par les réflexions de son professeur qui lui reproche d’effacer son fusain avec les doigts et qui, de toute façon, lui assène qu’il ne saura jamais dessiner. Rapidement alors, Matisse enchaîne les professeurs et fréquente de nombreuses académies, écoles et plusieurs ateliers : l’atelier de Gabriel Ferrier, l’Académie Camillo, l’atelier d’Antoine Bourdelle. Mais les relations entre Matisse et ses professeurs sont tendues et le jeune artiste ne s’épanouit pas.

C’est finalement auprès de Gustave Moreau que le miracle se produit. Peintre symboliste, Moreau est un accoucheur de talents. Désireux d’aiguiser la culture de ses élèves, Moreau leur conseille d’étudier les œuvres des maîtres : « Il prenait très au sérieux l’enseignement, parlait beaucoup des maîtres, de leur élévation d’esprit, luttait contre le réalisme, chauffait l’imagination des élèves » dira Matisse.

Sur les conseils de son professeur, Matisse se rend au Louvre et copie des éphèbes et des kouroi, des œuvres de Poussin, de Philippe de Champaigne ou encore de Chardin. Plusieurs copies de Matisse sont présentées au sien de l’exposition juxtaposées aux œuvres originelles, avec lesquelles la ressemblance est parfois troublante.

En 1915, Matisse entreprend de copier La Desserte de Jan Davidsz de Heem, comme le lui suggère Gustave Moreau. L’oeuvre de de Heem foisonne de détails tous plus précis les uns que les autres et la tâche s’avère plus compliquée que prévu. Il faudra à Matisse la présence d’esprit de se détacher de son modèle et de peindre d’après nature pour arriver à ses fins : « C’est extrêmement compliqué. On dirait que c’est peint à la loupe. Il y a des choses dont le détail est poursuivi à l’infini. Alors je me suis mis de l’autre côté de la salle, et j’ai fait mon travail comme si j’avais peint d’après nature.« 

Henri Matisse, Nature morte d’après La Desserte de Jan Davidsz de Heem, 1915, The Museum of Modern Art, New York
© archives Matisse ©Succession H. Matisse / Artists Rights Society (ARS)

Matisse le dit lui-même, l’étude des grands maîtres au Louvre l’a formé, l’a forgé et lui a permis d’avancer pour mieux se construire. « C’est du Louvre que je suis parti pour aller à la peinture « fauve », c’est par là que s’explique mon oeuvre. »

L’envol par la couleur

Matisse, comme beaucoup d’élèves artistes est attiré par la Bretagne, pour le bouleversement artistique qu’elle a fait vivre à Gauguin.

En 1895, il fait un premier voyage à Belle-Île en mer avec son voisin le peintre Wéry, féru des Impressionnistes et largement influencé par Sisley. Déçu par ce voyage et cette île dans laquelle il se sent « écrasé », Matisse y retournera pourtant l’été suivant, cette fois-ci accompagné par John-Peter Russel, peintre australien qui avait travaillé avec Claude Monet. Russel fait découvrir à Matisse le travail de Monet, et son traitement des paysages bretons. Le jeune artiste, émerveillé par ce travail, découvre une nouvelle palette, bien plus lumineuse que celle qu’il avait l’habitude d’utiliser. C’est la révélation. Matisse découvre l’intensité de la couleur, et par la même occasion le pouvoir émotif de celle-ci. Dès lors, Matisse commence à se laisser guider par la couleur. Dès lors, Matisse rimera avec couleur.

Henri Matisse, La gitane, 1906, Centre Pompidou, Paris
© Photo RMN ©Succession H. Matisse

Il faudra tout de même après cela plusieurs années de recherches, de travail, d’expérimentations, et des voyages dans le Sud de la France, à Collioure avec Derain, pour qu’émerge véritablement le Fauvisme.

La suite est bien connue, Matisse deviendra le maître incontesté de la couleur et se placera au rang de ceux qu’il admirait. Matisse deviendra lui-même un maître, un maître incontesté du XXème siècle et de l’art moderne.

Plus que quelques petits jours …

L’exposition « Devenir Matisse … ce que les maîtres ont de meilleur … » se termine le 9 février 2020. Il ne reste donc plus que quelques petits jours pour découvrir comment Matisse est devenu Matisse.

Informations pratiques

  • « Devenir Matisse« , au musée Matisse du Cateau-Cambrésis jusqu’au 09/02/2020
  • Tous les jours (sauf mardi) de 10h à 18h
  • Nocturnes samedi et dimanche, jusque 22h
  • Tarifs : 8€ / 6€
  • Gratuit le samedi 08/02 et dimanche 09/02 pour le finissage de l’exposition
  • Gratuit dans le cadre des « Happy Hours », une heure avant la fermeture du musée