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Voyager responsable en Thaïlande

Voyager c’est bien. C’est pas le cerf volant, toujours à gambader dans les airs, qui dira le contraire. Mais voyager responsable c’est mieux (nouveau slogan de notre section voyage). Au court des derniers mois, le cerf volant a parcouru le ciel de Thaïlande. Il y a vu des paysages à couper le souffle, des villes animées et y a rencontré des humains très accueillants. Parfois trop … parfois un peu faux. Nous avons donc décidé d’éclaircir la situation et de vous donner les bons outils pour un voyage respectueux.

Un pays touristique

Ce n’est pas un avantage

Qui dit beaux paysages et belles villes, dit souvent touristes. Est ce si grave que ça ? Oui et non.

Trop de touristes impliquent parfois des conséquences désastreuses pour la nature : tout est aménagé pour le commun des mortels qui ne sait pas garder ses déchets dans son sac. L’humain a également des difficultés à regarder où il met ses pieds. Des chemins privés et des escaliers sont donc construits. Dans les années 1970, environ 350 000 touristes étaient comptabilisés. Depuis, de nombreux hôtels ont émergé, comme le complexe hôtelier de luxe Amanpuri, ouvert en 1988 à Phuket. Nous parlons aujourd’hui de 35,4 millions de touristes dont 667 000 français. Et ça ne fait qu’augmenter.

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A force de tout aménager, l’humain finit par ne plus réfléchir par lui même. Un van vient vous prendre à votre hôtel le matin, et durant toute la journée, vous suivez le rythme. Vous remarquerez alors les parkings à tuk tuk et les bus alignés les uns après les autres. De temps en temps vous vous arrêtez, on vous dit de prendre une photo, vous posez pour instagram, vous posez dans les fleurs, sur les arbres, avec les éléphants, et c’est reparti pour le prochain spot. Mais alors, à quel moment avons nous conscience de la nature qui nous entoure ? Pendant les deux petites secondes durant lesquelles votre voisin de devant refait son lacet.

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© Jeanne Bailly Le cerf volant magazine

Alors comment réagir ? D’un côté, la Thaïlande profite de certaines étiquettes pour dorer son image. La ville de Chiang Mai attire de plus en plus de touristes. Elle bénéficie déjà de sa première place dans l’artisanat, mais raffle également d’autres qualités comme la désignation « destination de golf 2017 an Asie ». D’un autre côté, le pays se voit dans l’obligation d’attribuer des quotas de visiteurs journaliers, comme c’est le cas pour les îles Similans.

C’est un avantage

Il est difficile de nier que le tourisme est un accélérateur économique pour le pays. Lorsque vous parcourez les différentes villes thaïlandaises, vous ne pourrez louper le business alimentaire, vestimentaire, les tuk tuk et autres transports familiaux. Les locaux vivent tout simplement de ça.

Premièrement, ce système crée des emplois et permet tout simplement de nourrir des familles. Le tourisme représente environ 18% du PIB de la Thaïlande. Donc on va pas cracher dessus. L’industrie du tourisme emploi plus de 2 450 000 travailleurs thaïlandais. Et selon une étude du Wolrd Travel Council, ils devraient être 4 millions d’ici 2027. Pour preuve, le taux de chômage qui s’élève seulement entre 0,5 et 1,5% en Thaïlande contre 8 ou 9% en France.

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Deuxièmement, la consommation est locale. Les vêtements sont fabriqués dans le pays (leur spécialité tout le monde le sait). Et il y a une forte présence d’artisans de sacs, savons, bibelots, massages et etc. Aller en Thaïlande, c’est aussi goûter des plats qui sortent de l’ordinaire français et qui utilisent des produits locaux. Grâce à cela, la Thaïlande est devenue l’un des premiers producteurs de riz (et croyez nous qu’en Thaïlande vous en mangez du riz), sans oublier le coton, le tabac, le café, la noix de coco, l’ananas. Et tout cela grâce à vous.

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© Jeanne Bailly Le cerf volant magazine

Aller en Thaïlande, c’est aussi découvrir de nouveaux produits d’artisanat. A Chiang Mai, de nombreux ateliers réalisent des meubles sur-mesure, des poteries ou des lampes en papier*. Finalement, vous finissez par consommer plus local qu’en France alors que vous vous démenez pourtant chaque dimanche pour aller au marché du coin de la rue.

*attention aux objets en ivoire, interdits d’exportation, mais surtout mauvais pour les animaux.

L’avocat du diable a parlé. Laissons maintenant la place au cerf volant pour les quelques conseils voyage.

Les centres d’éléphants

Le cliché sur la Thaïlande ? Les éléphants ! Ces animaux majestueux existent bel et bien et alors que le cerf volant pensait les voir gambader dans les rues (quel naïf celui-là), il s’est rendu compte que les éléphants étaient en fait enfermés et parfois maltraités. Logique, pour plaire aux touristes, les bêtes sont dressées et dresser une telle force de la nature, c’est parfois compliqué. La solution trouvée : la torture et la violence dès le plus jeune âge par les mahouts. En moyenne, 4 éléphants adultes sont tués pour la capture d’un bébé.

Plus d’info sur la maltraitance des éléphants

Il est pourtant tout à fait compréhensible d’avoir envie de voir les éléphants. Cet animal est le symbole sacré, de paix et de prospérité. Il représente le pouvoir royal car utilisé comme monture durant les guerres. Il est présent dans les arts bouddhistes notamment par la légende de Maya qui a rêvé d’un éléphant pénétrant son sein et fut ensuite enceinte. L’éléphant incarne finalement la prospérité dans la société car a souvent été utilisé comme outil de travail dans les champs. L’éléphant est alors le symbole même de la religion, de la nation et du roi.

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Et si vous ne pouvez résister à leur vision, le meilleur conseil serait d’être curieux. Souhaitez vous voir des éléphants simplement pour votre postérité personnelle ou pour en apprendre d’avantage sur l’animal, leurs conditions de vie et leurs besoins. Car tout refuge n’est pas bon à prendre. Alors comment choisir ?

Aller dans un sanctuaire ou un refuge plutôt que dans un zoo ou dans des excursions touristiques est déjà une première étape. Les sanctuaires, pour certains, ou refuges, offrent un lieu de vie pour les éléphants battus, maltraités ou abandonnés. Ils y sont nourris, soignés et en général aimés. Dans ces sanctuaires ou refuges, vous pouvez même offrir votre participation en don ou en coup de main.

Si le centre propose des balades à dos d’éléphants, fuyez. L’éléphant peut porter jusqu’à 150kg mais le poids de la nacelle d’environ 100kg plus le poids des deux touristes et du mahouts représentent bien plus. Si les éléphants sont attachés ou enfermés dans un enclos, on dit non. Les bains sont tout aussi mauvais, les animaux n’ont pas besoin de se baigner plusieurs fois par jour pour le plaisir du touriste. Les mahouts ont-ils des bullhooks, ces bâtons au bout pointu qui servent à frapper les éléphants ? Concernant les visites, combien de touristes constituent un groupe ? Quel type d’interactions est proposé ? La dernière question concernerait plutôt le prix. Prendre soin d’un éléphant coûte très cher. Donc plus les prix sont hauts et plus l’éléphant vit confortablement.

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Évidemment, si l’éléphant fait du foot, de la peinture avec sa trompe, danse ou tout autre type d’activité de ce genre, il est préférable de refuser. Mais ce n’est visiblement pas une évidence pour tout le monde.

Voici quelques adresses responsables :

  • Elephant Ballet (Chiang Rai). Crée en 2016, les éléphants y vivent en paix et sont très peu dérangés. Les groupes sont très restreints, les observations se font à 10 mètres et il n’est pas possible de les toucher.
  • Elephant Nature Park (Chiang Mai). On dit que c’est la référence. Crée dans les années 1990, il est possible d’y faire du volontariat.
  • WFFT Elephant Rescue and Education Center (Phetchaburi). Ce centre récupère les éléphants domestiques, maltraités ou blessés pour leur donner des soins et un bon cadre de vie dans un parc de 5 hectares.

Il existe des maisons de retraite pour les éléphants sauvés ou trop vieux :

  • Boon Lotts Elephant Sanctuary à Sukhothaï
  • Burm and Emily’s Elephant Sanctuary à Mae Cham

Vous pouvez aussi tenter de les voir dans la nature dans les parcs nationaux. À Khao Yaï ou à Kuiburi par exemple.

Les tribus

Beaucoup de peuples résistent encore et toujours à l’envahisseur. Pour le plus grand plaisir des entrepreneurs du tourisme. En Thaïlande du nord, il existe plusieurs tribus vivant dans les montagnes. Elles sont connues sous le nom de « tribus des collines » et vivent principalement de l’agriculture. Ces ethnies proviennent principalement de Chine et de Birmanie et leurs motivations sont diverses : recherche de ressources naturelles mais surtout fuite de conflit. Les Akhas et Yaos, par exemple, ont fui les invasions mongoles de Chine.

Environ 500 000 personnes peuplent ces tribus nomades ou semi-nomades. Nous comptabilisons une vingtaine d’ethnies dont les Hmongs, les Karens, les Yaos, les Lisus, les Akhas ou encore les Meos. Beaucoup d’entre elles ont été embarquées dans les conflits que menaient la France et les États-Unis. Les Hmongs ont subi les conséquences de la guerre froide au Vietnam et au Laos. Le gouvernement thaïlandais cherche également à faire scolariser les Hmongs, ce qui améliore leur cadre de vie mais détruit par la même occasion certains aspects de leur vie.

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©Emma Cavajani. Hill Tribe Museum, Chiang Rai, Thaïlande

Malgré tout, ces peuples réussissent à garder certaines de leurs traditions et leur culture. Le meilleur exemple de leur richesse culturelle est leur habit, très coloré, orné et brodé. Les Karens quant à eux, n’ont pas oublié leur respect envers la nature.

Dans le nord de la Thaïlande, de nombreuses excursions vous seront proposées afin de découvrir ces tribus. Mais ne croyez pas rencontrer les peuples dont le cerf volant vient de vous parler juste plus haut. Vous rencontrerez probablement les Long Neck Karen. Les plus attrayants, les plus exotiques mais surtout les plus exploités.

《 A visitor pays 300 baht at the gate and walk into a Disney World facsimile 》 – « un visiteur paie 300 baht à la porte et marche dans un fac-similé de Disney World » Lloyd Sullivan, 2005, Hilltribe Museum, Chiang Rai.

Dans ces villages, les femmes portent des colliers afin d’agrandir leur cou. Les filles commencent dès l’âge de 6 ans. Les brochures et agences touristiques vous feront comprendre que cette tribu est similaire aux tribus Karen. Mais ce n’est pas le cas.

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« Rien n’est dit à propos du fait que les villages Long Neck Karen ne sont rien de plus que des villages imaginaires et qu’ils viennent réellement de Birmanie. La seule raison pour laquelle les Long Neck Karen sont en Thaïlande c’est parce qu’un homme d’affaire les a importé dans le seul but du tourisme […] » © Jeanne Bailly Le cerf volant magazine

Que ce passe t’il si vous allez dans ces villages ? Vous réaliserez vite que ce n’est pas un village de Karen mais plutôt un village construit spécialement pour les touristes. Vous n’y verrez pas la vie des Karen, pas d’agriculture ou de productions artisanales mais plutôt des femmes et des jeunes filles qui posent pour vous dans leur costumes traditionnels.

《 These people weren’t farmers, they were actors 》 – « ces peuples n’étaient pas des fermiers, ils étaient des acteurs » Lloyd Sullivan, 2005, Hilltribe Museum, Chiang Rai.

Ce que vous pouvez faire : la première étape serait d’aller au Hilltribe Museum à Chiang Rai. Vous y découvrirez la vie et l’histoire de ces tribus et les bons gestes à adopter. Vous pouvez également vous rapprocher de l’association du musée qui propose des excursions un peu plus responsables que dans les agences touristiques. Vous pouvez finalement tenter de rencontrer ces tribus par vous-même en louant un scooter ou en tentant le tout pour le tout en taxi, stop et marche.

Les déchets

En France, le zéro déchet est parfois devenu un effet de mode. Cela reste pratique puisqu’il est alors plus facile de trouver des magasins zéro déchet, des sacs de vrac ou des produits avec un emballage restreint. En Thaïlande, vous allez parfois devoir vous faire violence.

En janvier 2020, une loi thaïlandaise est votée pour interdire les sacs plastiques dans le pays. Beaucoup de villes thaïlandaises ont également lancé leur campagne de sensibilisation aux déchets et au recyclage. Mais le plastique est ancré dans leur style de vie. Par exemple, la nourriture que vous trouverez dans les rues vous sera ensuite remise dans un sac plastique ou une barquette en plastique. Le tri se met également en place, petit à petit. Tout ne peut pas se faire du jour au lendemain.

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©Emma Cavajani – Le cerf volant magazine

La quantité de déchet est grandissante notamment due à l’urbanisation et à l’industrialisation. En 2011, on comptabilisait 16 millions de déchets solides. Mais il y a des avancées. Il y a quelques années, les ordures étaient enterrées. Aujourd’hui, il y a plus de recyclage et cela donne des idées à certains entrepreneurs. Le premier dans le secteur fut l’entreprise Wongpanit, précurseur du recyclage dès 1974. La société possède ses propres usines de traitement et recycle jusqu’à 100 tonnes de déchets par jour.

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© Jeanne Bailly Le cerf volant magazine

D’autres entrepreneurs parcourent les rues à la recherche de cartons ou bouteilles en plastique afin de les revendre ou de les déposer dans des centres de recyclage. D’autres encore proposent des formations. En cinq jours, apprenez le business du recyclage, quels déchets vous rapporteront de l’argent et quelle stratégie marketing adopter. Mais cela n’empêche pas l’inévitable. Seulement 22% des déchets générés sont recyclés et 90% de la collecte des déchets de Bankgok fini dans des décharges voisines.

《Je le répète, les ordures valent de l’or, et j’aimerais que tout le monde le comprenne》Somthai Wongcharoen via courrierinternational.com.

Que faire ? Il existe des milliers et des milliers de situations dans lesquelles vous pourrez dire « no plastic bag please » (pas de sachet plastique s’il vous plaît). Ou « no drinking straw please » (pas de paille s’il vous plaît). En choisissant les bons endroits, vous serez parfois surpris d’y trouver des pailles en bambou ou des barquettes en carton. Regardez un peu les commandes de vos voisins.

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© Jeanne Bailly Le cerf volant magazine

Les conseils supplémentaires à prendre ou à laisser

L’avion consomme 45 fois plus de CO2 que le TGV. Et un litre de kérosène implique 3kg de CO2 émit. Sachez que le trajet Chiang Mai – Lampang en train a coûté 66 centimes au cerf volant. Moins cher et moins polluant.

Il existe des crèmes solaires qui ne détruisent pas les coraux. Vous en trouverez notamment dans les pharmacies françaises.

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© Jeanne Bailly Le cerf volant magazine

Même si les vêtements sont produits localement, leur fabrication consomme énormément d’eau. L’industrie vestimentaire utilise 4% de l’eau potable disponible sur terre. Vous pouvez acheter uniquement vos coûts de cœur.

Profitez des cours de cuisine donnés dans le nord de la Thaïlande pour approfondir votre talent. Il en existe des classiques et d’autres en ferme bio et éco responsable.

Profitez des ateliers de fabrication de poteries, de paniers ou autre plutôt que de simplement être dans une démarche de consommation.

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© Jeanne Bailly Le cerf volant magazine

Les théâtres et temples ne sont pas des attractions touristiques. Respectez.

À bientôt les p’tits faons.

Sources

Année record pour le tourisme en Thaïlande
Nombre record de touristes en Thaïlande  
Taux de chômage en Thaïlande
Statistiques chômage
Dans les déchets  
Combien de litre d’eau

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