sea shepherd le cerf volant

Littérature : 55 pages pour découvrir Sea Shepherd

Les pirates des mers Sea Shepherd sont déjà des héros du quotidien, et deviennent maintenant des héros de la littérature. C’est en bande dessinée que nous découvrons la vie à bord du John Paul DeJoria, navire de Sea Shepherd, leur combat et leur amour pour les océans et leurs habitants. Milagro est le premier tome d’une série que nous espérons longue, et c’est signé Mazurage.

« En basse Californie, dans les eaux turquoises de la mer de Cortez, les équipages de Sea Shepherd et les braconniers financés par les cartels se livrent une guerre sans merci. L’enjeu de ce conflit : la sauvegarde du vaquita, le mammifère marin le plus rare au monde, dont l’existence est menacée… Une aventure inspirée de faits réels vécus par l’auteur qui a lui-même participé à une campagne en mer de la flotte Sea Sepherd »

Planche de Milagro par Mazurage

Petit point sur Guillaume Mazurage, l’auteur et le dessinateur de Milagro. Diplômé en 2012 d’un doctorat en pharmacie, il se lance ensuite chez Mars & Co au service Documentation et Recherches. En 2015, il décide de quitter son job, de se mettre à son compte, de suivre des cours de théâtre et de dessiner. Depuis, Mazurage a fait des productions pour Picsou, il est illustrateur dans le secteur de la communication et du marketing et nous livre aujourd’hui sa première réalisation.

Une histoire captivante

Ce qui saute aux yeux avant tout, c’est le capital sympathie des personnages. Leur énergie et leur bienveillance nous donnent simplement envie de monter à bord. Ils sont attachants par leur réalisme, et semblent en même temps intouchables par leur distance, tant physique qu’émotionnelle. C’est certain, ils nous emmènent à l’aventure, mais comment savoir réellement ce qui se ressent là-bas, sans l’avoir vécu.

L’histoire en elle-même se lit rapidement, et concerne non seulement leurs combats, mais aussi la vie à bord : les couchettes, les repas, les moments de rushs ou de détente. Nous regrettons toutefois n’avoir pas eu une histoire plus centrée sur le vaquita, mais nous attendons la suite. La majeure partie de l’histoire se concentre tout de même sur le totoaba, un poisson très prisé par les braconniers pour sa vessie, utilisée dans la médecine traditionnelle et surtout, qui se vend une fortune. 

Un documentaire enrichissant

Une bande dessinée, mais un documentaire aussi. Milagro relate de faits réels avec des actions qui nous plongent au cœur de l’univers de Sea Shepherd, l’univers de la mer et de ses enjeux, ses conflits et sa vie maritime. La tension est prenante et met en lumière la situation catastrophique du braconnage. 

Extrait d’une planche de Milagro par Mazurage

Pourquoi le braconnage ? L’histoire de Milagro se plante en plein cœur de la mer de Cortez, dans une région particulièrement pauvre, où l’argent se gagne facilement par ce genre d’activité. Le totoaba, par exemple, est appelé « cocaïne des mers » en raison de son prix. Sa vessie natatoire (poche gonflée d’air qui permet au poisson de flotter) est fortement prisée en Chine. Aujourd’hui espèce en voie d’extinction, le totoaba se vend une petite fortune, pour cette vessie qui aurait des vertus esthétiques et médicales. Pour la capture de ce poisson, les dommages collatéraux importent peu : de grands filets sont lancés, emprisonnant alors tous mammifères marins sur son passage.

Plus d’infos sur le braconnage de totoaba

Des connaissances plurielles

Quelques explications scientifiques ponctuent les temps d’actions. Nous suivons donc les temps calmes de l’équipage et les temps de combat, tout en apprenant et en enrichissant nos connaissances sur le monde qui nous entoure. La présence de cartouches (encadrés contenant les éléments narratifs) en début et fin de BD donnent plus de détails sur l’organisation de Sea Shepherd et sur les vaquitas, et vient renforcer la partie documentaire.

Extrait d’une planche de Milagro par Mazurage

Savez-vous ce qu’est le ghost net ? Vous pouvez en savoir plus en lisant la BD, mais nous allons tout de même vous donner quelques pistes. Les ghost net sont des lignes perdues en mer, qui se camouflent dans les algues, qui se font coloniser et qui finissent par créer un écosystème entier. Au final, tout le monde se fait prendre au piège.

Des dessins réalistes

Les dessins sont réalistes, vous l’aviez compris non ? Les couleurs s’approchent effectivement le plus possible du moment vécu. Les illustrations se distinguent également par le mouvement, il y en a dans les vagues, dans les représentations d’animaux ou encore dans les temps d’action des personnages (ils courent, remontent les filets, etc). Milagro est une plongée directe dans le monde marin et dans la beauté qu’il nous offre. C’est surtout un beau témoignage sur les actions de Sea Shepherd. Ils ne chôment pas sur le pont !

Quelques vues sous-marines rendent les animaux encore plus séduisants qu’ils ne le sont déjà. Certaines perspectives nous font voir les sublimes sauts des baleines, intensifiant l’image de Sea Shepherd en pirate et donnant un air royal aux requins.

Une BD accessible à tous !

Le découpage est diversifié sur chaque planche, variant entre les grandes cases pour intensifier l’importance du bateau ou des animaux et les petites cases pour les dialogues. Dans l’ensemble, tout est très bien organisé et fluide. Idéal pour lire d’une seule traite et idéal pour les débutants.

Planche de Milagro par Mazurage

Le langage utilise des raccourcis, des anglicismes et des expressions familières. De manière générale, l’ambiance n’est pas spécialement sur le ton de la rigolade, mais nous apprécions les quelques blagues de temps en temps, et surtout « l’innocence » de l’auteur dans cette aventure immersive. À sa place, on n’aurait pas fait mieux !

L’auteur est comme beaucoup d’entre nous, il n’a jamais mis les pieds sur un bateau Sea Sepherd, n’a jamais été contraint de se défendre contre les braconniers, n’a jamais remonter de filets de pêche remplis de poissons en voie d’extinction pour les libérer ensuite. Il découvre la nourriture végane, les nœuds marins, les petites couchettes et surtout, les trésors de la vie maritime. On plonge avec lui dans cette aventure que nous n’osons pas vivre en vrai, mais que nous avons plaisir à lire.

Sea Shepherd ?

Sea Shepherd est une organisation non-gouvernementale internationale maritime à but non lucratif. Elle a pour objectif de protéger les écosystèmes marins et la biodiversité. Elle s’engage donc contre la pêche illégale, la chasse aux baleines, aux phoques ou encore aux dauphins au Japon. Lors de l’opération Léviathan, 935 baleines et 50 rorquals communs étaient en danger. En 2010, l’organisation aurait également sauvé 528 baleines durant l’opération Waltzing Matilda, la sixième campagne de défense des baleines.

« C’est une cause qui mérite qu’on y dévoue sa vie. C’est pour ça qu’on a toutes sortes de gens à bord… des danseurs, des ingénieurs, des avocats… tous ont plaqué leur ancienne vie pour essayer de faire changer les choses. Tout le monde peut le faire ! Il suffit d’en avoir la volonté » Sea Sheperd, Milangro, Mazurage, page 24

L’organisation a été fondée en 1977 par Paul Watson, un militant écologiste canadien. Pour ses missions, Sea Shepherd possède une large flotte de navires, mais également un hélicoptère et des drones. Ses méthodes sont parfois vivement critiquées. Sea Shepherd n’hésite effectivement pas à user d’abordage en pleine mer et de sabotages, notamment à l’aide de mines-ventouses, de jets d’acides butanoïques ou encore de répulsifs qui rendent la viande de baleine impropre à la consommation. On vous laisse vous faire votre propre avis.

Pavillon de l’ONG Sea Shepherd

Site officiel de Sea Shepherd France

Pour aller plus loin :

  • Deux ouvrages de Paul Watson (himself) : Ocean Warrior: My Battle to End the Illegal Slaughter on the High Seas (1994) et Seal Wars (2002).
  • Deux documentaires : Les Seigneurs de la mer (Rob Stewart, 2006), sur la campagne contre la pêche au requin au Costa Rica et Le dernier pirate (Dan Stone, 2012) qui décrit les opérations de sauvetage des baleines en Antarctique.

Sea Shepherd, Milagro I, une BD engageante qui nous engagera peut-être, ou simplement une BD d’aventure qui nous fait voyager à bord d’un bateau pirate. Dans tous les cas, c’est un plaisir de lire Mazurage et nous espérons une suite très prochainement.

À bientôt les faons !