Série B : Gremlins faux nanar, vraie pépite !

gremlins Morgan the slug

Gremlins est une comédie horrifique sortie en juin 1984 aux Etats-Unis.
En 1981, fort de ses récents succès au box-office, Steven Spielberg monte la société de production Amblin EntertainmentIl découvre un scénario original de Chris Columbus racontant l’histoire d’horribles monstres saccageant une petite ville américaine, les fameux Gremlins. Chris Columbus, qui avait écrit ces quelques page dans le but de montrer son savoir-faire à Hollywood, était loin de se douter que le papa d’ET lui-même, lui proposerait de produire son histoire. Histoire qui démontra les qualités d’écriture de Columbus, qui réalisa plus tard d’autres classiques comme Maman j’ai raté l’avion et les premiers volets de la saga Harry Potter. La réalisation quant à elle fut confiée à Joe Dante, au détriment de Tim Burton, pas assez expérimenté à l’époque. 

Voir ces trois noms aujourd’hui, émoustille nos coeurs de cinéphiles, mais, peu connu à l’époque, le film Les Gremlins est sorti discrètement pour devenir aujourd’hui un, si ce n’est LE, film culte à regarder pendant les fêtes.

Ça raconte quoi Gremlins ?

L’intrigue se passe au moment des fêtes de Noël, dans la petite ville (fictive) de Kingston Falls.
Le récit s’ouvre avec la voix-off de
Randall Peltzer, un inventeur au succès mitigé, en voyage d’affaires dans un Chinatown dystopique et hollywoodien. Au détour d’une boutique, à qui il essaye de refourguer ses camelottes inventions, il découvre un mogwai, drôle de petit animal, vraiment très mignon, qu’il n’a jamais vu ailleurs.
Se disant que ce serait un cadeau parfait pour son fils, il propose de l’acheter. Monsieur Ming, le marchand refuse : “Avec Mogwai, vient trop de responsabilités, Mogwai pas à vendre”, il insiste et en propose des sommes folles qui ne feront pas plier l’homme.
Vous vous en doutez, l’histoire ne s’arrête pas là. Le petit-fils du marchand acceptera et vendra, en douce, le mogwai renommé Guizmo.

Randall peut maintenant rentrer chez lui et se faire pardonner son manque d’investissement dans sa vie de famille en offrant un animal mignon à son fils Billy ! C’est ainsi que Billy fait la rencontre de Guizmo le Mogwai

Guizmo sera rapidement malmené. Le pauvre doit rappeler constamment d’éteindre les lumières, il sera aussi aspergé d’eau, créant au passage de nouveaux mogwais, qui arriveront à être nourri après minuit ! Tout ça en 25 minutes… Chapeau Billy !
Les adorables créatures laissent place à d’horribles gremlins, semant morts et destruction durant leur funeste nuit à Kingston Falls.

Un succès immédiat

En résulte un film loufoque, drôle et parfois réellement effrayant. Ce film est rapidement devenu culte et emblématique d’un renouveau à Hollywood. Pourtant, à sa sortie, il engendre quelques critiques très vives quant à son niveau de violence pour un film familial (un pegi 13 est créé à cette occasion). Le scénario initial, lui beaucoup plus violent, a très largement été édulcoré par Spielberg et Dante, afin de coller à l’ambiance de conte dont il s’inspire.
Les gremlins sont initialement issus d’une légende de l’aviation britannique popularisée par Roald Dahl et Walt Disney

À gauche, les lutins espiègles de Disney et, à droite, les monstres de Joe Dante, massacrant un chant de Noël.

Fun fact : dans la version initiale, Barney, le chien, et la mère de Billy sont dévorés par les gremlins. Guizmo lui-même devient le chef de bande dans cette version initiale, au détriment du gentil héros que nous connaissons.

Ce film s’est multiplié, comme des gremlins dans une piscine et a fait pleins de rejetons, plus ou moins réussis (surtout moins). On peut citer les Goolies, les Critters ou encore les Munchies. La vague des petits monstres à l’humour acide, est, à cette époque, un genre à part entière du cinéma d’épouvante ou chacun veut sa part du gâteau.
Cependant, force est de constater qu’il ne suffit pas d’appliquer la même recette pour avoir un film aussi déjanté et réjouissant que Gremlins.

Le Cinéma comme décor

Normalement, à cette étape de l’article, vous devriez vous demander pourquoi nous parlons d’un film à succès reconnu dans une série consacrée aux séries B ? A cela, une seule réponse : Monsieur Joe Dante, passionné de science fiction et de séries BDurant ces jeunes années, il organise des projections de séries B et écrit pour des magazines spécialisés. Il commence sa carrière de réalisateur avec des films comme Piranhas et Hurlements, grâce auxquels il se fait rapidement une place dans le paysage du cinéma de genre.
Gremlins, c’est l’âge d’or des films de genre portés à Hollywood, ainsi que les prémices de ce que deviendra le cinéma dit de “blockbusters” que l’on connaît aujourd’hui. Un pur produit des années 90, les lumières et les ambiances sont soignées, les effets spéciaux sont imaginatifs et la musique sert incroyablement l’immersion.

 La scène du bar, emblématique, encore aujourd’hui un tour de force d’effets spéciaux et visuels (extrait Youtube).

La mise en scène est servie par un rythme millimétré, orchestré par des dialogues et des personnages tous aussi bien écrits les uns que les autres. Si, au premier abord, Gremlins peut ressembler à un délire loufoque et régressif à la Looney Tunes, le film possède un sens aiguë de la mise en scène ainsi qu’une vraie réflexion sur le sens des images. 

Le film transpire la culture du cinéma. La chambre de Billy en est une allégorie marquante, remplie de poster de films (Mad Max 2, Alien etc.) à l’image des nombreux clins d’œils présents dans le film. Les plus avisés reconnaîtront les multiples références à tout un univers cinématographique, passant par Orange mécanique de Stanley Kubrick, lorsque Billy actionne le presse agrumes, ou lorsque le ciné du coin montre à l’affiche A Boy’s Life, titre provisoire d’ET l’extraterrestre. On pourrait citer Shining, Alien, Flashdance ou encore le Magicien d’Oz mais on vous laisse le plaisir de découvrir tout ces clins d’oeil ! 

L’image au service du récit

Et ce n’est pas un hasard si, lorsqu’on découvre la ville de Kingston Falls, celle-ci nous semble si familière. Le décor utilisé est le même que pour La vie est belle de Franck Capra, film de Noël par excellence aux Etats-Unis. Ce sera le même décor pour Maman j’ai raté l’avion, un autre classique de Noël (ça alors!).
Ce décor transpire la petite bourgade tranquille que nous avons tous en tête et Joe Dante va prendre un malin plaisir à créer un anti-film de Noël, quitte à briser notre innocence. Son intention est annoncée dès le début, l’histoire est racontée au passé, par l’un des héros.


Lors de la scène d’ouverture, dans un Chinatown baigné de rouge, nous pouvons voir une voiture accidentée dans un halo de lumière verte, couleur des horribles monstres (cf. image ci-dessus). La marque de la voiture ? Une AMC Gremlins !
Ce souci de l’image atteint son point d’orgue avec la nuit de la transformation des mogwais en gremlins : visible juste ici.

On rembobine. Vous avez remarqué le film que regarde Guizmo ? C’est L’invasion des profanateurs de sépultures !
« Ils sont déjà là ! Vous êtes les prochains ! » la télévision s’adresse directement à nos deux héros car les mogwais ont réussi à se nourrir après minuit ! Comment ça ? Il était pourtant 23h me direz-vous, oui, mais regardez bien l’horloge dans le labo du professeur de chimie. Tous les indices du drame à venir ont déjà été disséminés par Joe Dante, qui utilise moults références cinématographiques, dont les siennes : le petit smiley jaune sur le frigo fait directement référence à son précédent film Hurlement, sorti en 1981Dans ce dernier, lorsqu’on remarque l’un de ces fameux smiley, le spectateur peut s’attendre à voir un monstre surgir. Ici, les monstrueux gremlins sont annoncés par la présence de ce smiley ! Ingénieux !

Sous ses allures faussement naïves et premier degré, le cinéma de Joe Dante met en place un réseau complexe de références, grâce et par l’image.

Différents niveaux de lecture

Hollywood adore les films de Noël joyeux et pleins de bons sentiments. Les Gremlins pose le décor avec la tirade de Kate, dans la rue, où elle explique à Billy que, pour elle, Noël est une période de suicides et de dépressions. On apprend, plus tard, que le père de Kate est mort en se cassant le cou, dans la cheminée, déguisé en Père Noël, pour lui faire la surprise. C’est de cette manière qu’elle apprend que le Père Noël n’existe pas. Ambiance !
Gremlins est un faux film de Noël, il en reprend tous les codes, afin d’en dénoncer tous les travers et excès. 

Si les gremlins sont d’horribles petits monstres, les habitants de Kingston Falls ne sont pas en reste. Ceux-ci font preuve d’égoïsme, de maltraitance ou encore de xénophobie. Pour n’en citer qu’un, le père de Billy, inventeur de gadgets obsolescents, alimente la grande machine de la consommation, qui s’emballe lors de Noël. Il ira jusqu’à proposer à Billy de multiplier les mogwais, afin d’en faire un objet commercial !

Devenir un gremlins, c’est se gaver, de nourriture et d’excès, encore plus à Noël, où nos instincts de consommation sont sollicités en permanence. Le film est un miroir de nos instincts à travers ces monstres et, comme le résume Monsieur Ming, le marchand, venu récupérer Guizmo à la toute fin du film, « Ce que vous faites avec mogwai, vous le faites avec la société ».

Comme une funeste prédiction, le film n’échappera pas à la marchandisation, à grand renfort de peluche Guizmo et autres produits dérivés. Les studios Hollywoodiens, ayant senti un filon juteux, voudront enclencher une suite. Celle-ci ne verra le jour que lorsque Joe Dante reviendra aux commandes, en exigeant une liberté totale, en profitant pour faire un second opus encore plus acide que le premier. Le spectre d’un troisième opus hante les studios depuis 2015.

Finalement, c’est peut-être ça, la magie qui opère dans Gremlins. Il arrive parfois qu’un film sorte de nulle part. Grâce à un parfait alignement des astres et du hasard, sont réunis plusieurs génies : Spielberg et son talent pour exposer des contes pop-familiaux, Columbus avec ses dialogues et personnages soignés et enfin, Dante et son talent de la mise en scène. Il ne faut oublier l’incroyable musique de Jerry Goldsmith et les fabuleuses marionnettes de James H Spencer.
Quitte à enfoncer des portes ouvertes, il est important de rappeler que le cinéma est un art collectif, tous les maillons d’une chaîne de production transformant un diamant brut, en un joyau du 7ème art.

Dans un Hollywood où les studios ont de plus en plus de pouvoir dans la réalisation des films, on aimerait que ce genre de miracle de Noël se reproduise plus souvent ! En attendant, on vous invite chaudement à voir et revoir Les Gremlins.  


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