Petit Guide du Ramadan pour les Non-Musulmans

En ce mois d’avril 2021, la communauté musulmane entre dans le mois sacré du Ramadan. Pendant cette période, les croyants pratiquants vont devoir aménager leur temps entre vie terrestre et divine. 

Mais en quoi consiste exactement le Ramadan ? Caractérisé communément par le jeûne des croyants, on ne saurait cependant le réduire à cette seule pratique. Sa dimension spirituelle et son impact culturel échappent souvent aux non-musulmans qui n’en perçoivent que l’ascétisme. Le cerf volant vous propose ce petit guide qui répondra à vos éventuelles questions ! 

Qu’est-ce que le Ramadan ? 

Dans le Coran, le Ramadan désigne le 9e mois du calendrier hégirien. C’est le mois le plus saint durant lequel de nombreux événements, importants dans l’Islam, ont eu lieu (révélation du Coran, naissance de Fatima, mort d’Ali,…).

Le Ramadan est avant tout une période privilégiée pour se focaliser sur sa foi et renforcer son lien avec Dieu. Au cours de ce mois, le croyant va relire le Coran, prier, méditer et jeûner. Le but de ce jeûne ne va pas seulement être de priver son corps, mais d’élever son âme afin d’atteindre la piété

La lecture du Coran est un rituel important du Ramadan.

Le véritable aboutissement du Ramadan est cette élévation spirituelle, dont le jeûne n’est que l’un des instruments. Toujours dans un but d’introspection, les croyants doivent également s’acquitter de certains rituels au cours du mois, tels que l’aumône et la prière à la mosquée

Qui observe le Ramadan ? 

Le Ramadan est observé, à travers le globe, au sein des communautés musulmanes. L’Islam est la deuxième religion au monde avec 1 600 000 000 fidèles, soit 23% de la population mondiale. Bien évidemment, tous les musulmans ne sont pas pratiquants. Cependant, il a été démontré que le Ramadan, et notamment le jeûne qui y est lié, est largement pratiqué culturellement, y compris par des non-pratiquants.  

Dans certains pays (hum hum, la Chine…), la communauté musulmane des Ouïghours a l’interdiction de pratiquer le Ramadan depuis plusieurs années déjà, au détriment de leur liberté de religion

Quand débute le Ramadan ? 

Contrairement aux calendriers grégorien et julien, le calendrier issu de l’islam ne repose pas sur les cycles solaires, mais sur les cycles lunaires. Avec des mois de 29 à 30 jours, l’année hégirienne est plus courte (354-355 jours). Bien que le Ramadan soit toujours le 9e mois, celui-ci se décale donc chaque année d’une dizaine de jours, par rapport aux calendriers solaires, communément utilisés dans les pays non-islamiques. 

Le début du mois lunaire coïncide avec l’apparition du premier croissant. L’observation à l’œil nu est encore traditionnellement privilégiée afin de déterminer les dates de début et de fin du Ramadan.  

Cette méthode empêchant d’anticiper la durée du mois lunaire, le mois saint est toujours précédé par une « Nuit du Doute« . Dans la nuit du 29e au 30e jour de Chaabane (mois précédant celui du Ramadan), les représentants musulmans se réunissent et tâchent d’apercevoir le croissant. Si celui-ci est visible, Chaabane dure 29 jours et le Ramadan peut commencer le lendemain. Si la Lune est noire, Chaabane dure alors 30 jours et il faut encore attendre 24h avant le début du jeûne. 

Phases lunaires (Art et Voyage)

En France, la date de la Nuit du doute est annoncée par la Grande mosquée de Paris. En 2021, elle a eu lieu le dimanche 11 avril. Le croissant n’ayant pas fait son apparition, les représentants du culte musulman en France, ont conclu que le Ramadan ne commencerait donc que le mardi 13 avril. Ce jour-là, il est convenu de se souhaiter un bon Ramadan avec des formules telles que « Mabrouk Ramadan » ou « Ramadan Kareem » (l’équivalent de « Joyeuses fêtes » pour les chrétiens). 

Cette technique de calcul conduit à des écarts entre les différents pays, car l’astre ne se présente pas de la même façon d’un endroit à l’autre du globe. Un mois lunaire ne commencera donc pas au même moment en Arabie Saoudite, en Belgique ou en Indonésie. Il est souvent difficile pour les communautés musulmanes de se mettre communément d’accord sur la date de début du jeûne. Certains pays, ou communautés, suivent leur propre calendrier, tandis que d’autres se référent aux indications de l’Arabie Saoudite, où se trouve la Mecque. 

Qui pratique le jeûne ? 

Pour jeûner, il faut être en bonne condition physique. Le jeûne n’est donc pas recommandé lorsqu’on est âgé ou de santé fragile. Les jeunes enfants et les femmes enceintes, ou allaitant, en sont également dispensés. Les personnes exemptes de jeûne peuvent le remplacer en faisant la charité et en nourrissant les plus démunis. 

Le jeûne peut également se rompre pour une certaine période, lors d’un voyage par exemple, en cas de maladie ou de compétition sportive de haut niveau. Les femmes qui sont réglées doivent également interrompre le jeûne le temps de leurs menstruations. En cas d’interruption, il est obligatoire de « jeûner un nombre égal d’autres jours » avant le prochain Ramadan.

Paul Pogba priant avant un match de foot

Est-il obligatoire de jeûner ? 

Selon le Coran, le jeûne pratiqué au cours du Ramadan est l’un des cinq piliers de l’Islam (avec la profession de foi, la prière, l’aumône et le pèlerinage à la Mecque). Il s’agit donc d’un rituel important. 

Dans certains pays, tels que le Maroc ou les pays du Golf, rompre publiquement le jeûne, sans motif admis par l’Islam et alors qu’on est reconnu comme étant de confession musulmane, peut entraîner une peine d’amende et jusqu’à 6 mois d’emprisonnement. En Algérie et en Tunisie, la rupture publique du jeune n’est pas juridiquement réprimée, mais d’autres textes de loi sont détournés afin de punir les « déjeuneurs« . Ceux-ci peuvent également être la cible d’agressions vivement dénoncées par la jeune génération.

A l’inverse, pour les fidèles de courants islamiques minoritaires, tels que le soufisme et l’alévisme, le jeûne n’est pas considéré comme une pratique obligatoire. Il peut se limiter à quelques jours ou être remplacé par une autre pratique telle que la charité

La recherche de la piété et la dévotion à Dieu qui caractérisent le Ramadan peuvent donc se faire, selon les doctrines, sous d’autres formes que la pratique stricte du jeûne.

Le jeûne est-il caractéristique de la religion musulmane ? 

Non. Les périodes de jeûne sont extrêmement répandues dans toutes les religions et cultures, à travers le monde. Comme pour le Ramadan, elles sont généralement liées à la spiritualité. Par exemple, dans le Bouddhisme, c’est grâce au jeûne que Bouddha parvient à l’illumination

Représentation de l’Illumination de Bouddha

Dans les deux autres grandes religions monothéistes, le christianisme recommande un carême, avant les fêtes de Pâques, et le judaïsme comptabilise six jours de jeûne, répartis sur toute l’année (le plus connu étant Yom Kippour). Comme pour l’Islam, le jeûne a pour but l’élévation spirituelle et la distanciation avec la vie terrestre. 

Il n’est cependant pas nécessaire d’être religieux pour jeûner. Les bienfaits de périodes de jeûne thérapeutique sont de plus en plus étudiés, notamment pour lutter contre les maladies digestives chroniques et les allergies. Lorsqu’il est à des fins médicinales, le jeûne est souvent moins strict que le jeûne spirituel.

Comment se pratique le jeûne ? 

Les musulmans pratiquant le jeûne (saoum ou sawm) doivent s’abstenir de boire, de manger, de fumer et d’avoir des rapports sexuels du lever jusqu’au coucher du soleil. Le jeûne se fait également par « la bouche et les oreilles », ce qui signifie que les croyants s’interdisent de médire, de mentir, de proférer des insultes ou d’écouter d’autres personnes le faire (Conseil : évitez d’énerver vos collègues musulmans pendant le Ramadan, car ils ne pourront pas vous dire d’aller vous faire f*****). 

La journée commence par sahur, le repas avant l’aube. Constitué généralement de pain, de gâteaux et de fruits secs, il doit permettre au pratiquant de tenir le reste de la journée.

Durant la journée, le croyant poursuit ses activités habituelles. Dans certains pays à majorité musulmane, le temps de travail peut être aménagé durant la période du Ramadan. À Oman et aux Emirats, la journée professionnelle est ainsi limitée à une durée de 6 h. Certains commerces, tels que les restaurants, doivent fermer pendant la journée, mais peuvent accueillir des clients pour l’Iftar, le repas du soir. 

Traditionnellement, le jeûne est rompu avec un verre de lait et des dattes. Le repas se prend en famille ou entre amis et est constitué de mets spécifiques au Ramadan. Il s’agit généralement d’une soupe suivit d’un plat et de pâtisseries, mais la composition diffère d’un pays à l’autre. Ainsi, au Maroc, les plats peuvent avoir une origine andalouse, alors qu’en Tunisie, on va privilégier des mets méditerranéens et des bricks. En Algérie, le dîner commence généralement par une soupe à la tomate avec de la viande, nommée la Chorba. En France, les plats peuvent être influencés par les origines des convives, cependant, au fil de l’assimilation culturelle, l’iftar ressemble de plus en plus aux repas de la vie quotidienne (pâtes, pomme de terre,…). 

À l’extérieur, des tables pour les pauvres sont dressées près des mosquées et des repas gratuits leur sont distribués. Des iftar collectifs peuvent également être organisés, comme ci-dessous en Turquie. 

Iftar géant à Taksim en 2015

Dans les pays proches du cercle polaire, où les journées d’été peuvent durer 23 h, la durée quotidienne du jeûne ne doit pas dépasser 18 h consécutives. Néanmoins, les pratiquants sont libres de ne pas suivre ces recommandations et peuvent se fixer des horaires plus restrictifs. 

Dans l’espace, les astronomes musulmans, tels que le docteur Sheikh Muszaphar Shukor, doivent suivre les horaires de leur base de lancement, aussi bien pour le jeûne que pour les prières. 

L’astronaute Muszaphar Shukor a effectué le Ramadan dans l’espace en 2007

La fin du Ramadan 

Vers la fin du mois, a lieu la Nuit du destin (Laylat Al-Qadr). Il s’agit d’une nuit bénie commémorant la révélation du Coran au prophète, par l’ange Gabriel. Elle est consacrée à la prière et à la conclusion de la lecture du Coran. Il est dit dans les textes que cette nuit « est meilleure que 1000 mois » de prières et d’adoration. Il n’est donc pas rare que des croyants passent leur nuit entière à prier. 

Avant que le Ramadan ne s’achève, les fidèles doivent également verser la Zakât al-fitr, l’aumône de la rupture du jeûne. Troisième pilier de l’Islam, elle a un but de purification et de solidarité. Elle peut prendre la forme d’un paiement ou d’une offrande de nourriture. 

Le Ramadan se conclut par un nouvelle Nuit du doute qui permet de déterminer le premier jour du mois de Chawwal et la célébration de l’Aïd el-fitr (attention à ne pas le confondre avec l’Aïd el-kébir qui commémore le sacrifice d’Abraham et au cours de laquelle on sacrifie un mouton). Surnommé « la petite fête » ou « fête du sucre », l’Aïd est un jour de réjouissance, de réconciliation et de pardon.

Les célébrations débutent par une prière collective et se poursuivent par un grand repas en famille, au cours duquel on porte ses nouveaux vêtements et où les enfants reçoivent des cadeaux. Dans certains pays, les croyants rentrent dans leurs villages afin de se recueillir sur les tombes de leurs ancêtres. 

Le Ramadan sous Covid

Pour la seconde fois consécutive, la communauté musulmane internationale va devoir observer le Ramadan sous covid (voir sous confinement, notamment pour les musulmans français). Le couvre-feu instauré en France, ainsi que les limitations de déplacements, vont empêcher de nombreux pratiquants de se rassembler pour l’Iftar. 

En France, les lieux de cultes sont tenus de respecter les règles sanitaires, les mosquées fermeront donc à 19 h et les fidèles devront apporter leur propre tapis de prière. Les prières nocturnes ou collectives sont interdites comme l’an dernier. Certains départements envisagent de faire preuve de tolérance concernant l’horaire de début du couvre-feu, afin de permettre aux pratiquants de se rendre à la mosquée pour la prière de 5h30 du matin.

Distanciation sociale lors de la prière

En Israël, où 60% de la population est vaccinée, plus de 10 000 Palestiniens ont pu assister à la grande prière du premier vendredi de Ramadan sur l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam. 

Concernant la Mecque, le pèlerinage y est de nouveau autorisé mais uniquement pour les musulmans immunisés (soit vaccinés, soit ayant des anticorps). Une jauge maximale quotidienne a été mise en place et un permis, comportant une date et un créneau horaire pour les rituels et prières, est délivré aux pèlerins.

Prière, en 2020, au temps de la Covid-19.

Pour la continuation de la vaccination durant le jeûne, une fatwa a été prononcée en Indonésie (l’un des pays avec le plus de musulmans au monde) en faveur de sa continuation. En France, la Mosquée de Paris a décrété que le vaccin n’invalidait pas le jeûne et qu’il était, au contraire, « un acte de préservation de la vie recommandé en islam« . 

Pour aller plus loin : 

Merci à la précieuse contribution des familles Haouari et Chougui. 


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