À la découverte d’Alexandra David-Néel, exploratrice aux milles vies

Première femme européenne à rejoindre Lhassa en 1924, capitale du Tibet alors interdite aux étrangers, Alexandra David-Néel est une femme aux mille vies. Exploratrice, philosophe, orientaliste, hindouiste, bouddhiste, anarchiste, autrice, et même cantatrice, elle est une grande figure du XXe siècle.

Une soif d’aventures

Née en 1868 près de Paris, Louise Eugénie Alexandrine Marie David, plus connue sous le nom d’Alexandra David-Néel, grandit en Belgique. Éduquée dans des pensionnats catholiques puis calvinistes, elle est confrontée à de rudes conditions. Dès son plus jeune âge, l’exploratrice souhaite découvrir le monde qui l’entoure : elle fugue à de multiples reprises et, à ses 18 ans, part de Bruxelles jusqu’en Espagne à vélo.

Vers l’âge de 30 ans, la jeune femme rentre au conservatoire royal de Bruxelles où elle apprend le piano et le chant. L’artiste commence ensuite une carrière de cantatrice qui lui permet de voyager et de découvrir de nouveaux horizons.

Ces années de voyage confirment son envie d’évasion et, afin de s’y consacrer pleinement, elle met sa carrière musicale de côté. C’est en particulier vers l’Asie que la chanteuse se dirige. Découvert lors d’un voyage au Sri Lanka à 23 ans, elle éprouve une attirance grandissante pour ce continent.

alexandra david neel

Alexandra David-Néel épouse Philippe Néel en 1904, rencontré à Tunis quelques années auparavant. Attachée à son indépendance, selon elle, cette union lui permettra de la conserver. En effet, bien qu’au premier abord, cette idée soit paradoxale, à l’époque, il est compliqué pour une femme de s’émanciper financièrement. Cet homme, avec qui elle entretiendra une correspondance houleuse jusqu’à la fin, assure ses arrières sur le plan financier, lui permettant de partir étudier à l’autre bout du monde. C’est ainsi que l’exploratrice repart en Asie, où elle réalise des exploits que l’on pensait impossible, et permet de mettre en lumière de façon sincère divers modes de vie.

Le périple tibétain 

  Alexandra David-Neel à Chöten Nyima au Tibet en 1914

En 1910, Alexandra David-Néel part en Inde dans le cadre d’une mission pour le ministère de l’Instruction publique. Durant ce voyage, elle apprend que le Dalaï Lama (souverain spirituel du Tibet) s’est réfugié en Inde, dans l’Himâlaya, fuyant les conflits entre la Chine et le Tibet.

L’orientaliste souhaite saisir cette occasion de rencontrer le treizième Dalaï Lama. Alors que celui-ci refuse d’échanger avec une femme étrangère, elle ne baisse pas les bras et lui fait parvenir des lettres de recommandation de personnalités bouddhistes reconnues, qui le firent exceptionnellement accepter la rencontre.

Par la suite, Alexandra David-Néel devient la première dame lama (un lama est un moine bouddhiste), en suivant de nombreuses pérégrinations afin de se former et de s’imprégner des leçons d’enseignants spirituels qu’elle qualifie de magiciens.

Bien qu’en les écoutant je fisse prudemment la part de l’exagération orientale, je sentais instinctivement que derrière les montagnes couvertes de forêts qui se dressaient devant moi et les lointaines cimes neigeuses pointant au-dessus d’elles, il existait, vraiment, un pays différent de tout autre. Faut-il dire que le désir d’y pénétrer [au Tibet] s’empara aussitôt de moi.

Alexandra David-Néel, Voyage d’une Parisienne à Lhassa, 1927
Alexandra David-Néel
Alexandra David-Néel (au centre) devant le Potala à Lhassa en 1924 ©musée Guimet

Après son départ en 1910, Alexandra David-Néel reste 14 ans en Orient, forte d’un goût prononcé pour le défi, l’aventurière souhaite atteindre Lhassa, zone alors inaccessible pour des raisons diplomatiques. Elle entreprend donc une expédition au Tibet, avec comme objectif d’arriver jusqu’à la capitale, et se promet de ne pas rentrer en France avant d’avoir atteint son but. Entre 1911 et 1923, elle tente à plusieurs reprises, sans grand succès, à chaque fois arrêtée par les autorités.

En octobre 1923, Alexandra David-Néel part pour la cinquième fois, accompagnée de Yongden, son fils adoptif. Commence alors une traversée vertigineuse des sommets glacés de l’Himalaya, des fleuves dont le courant emporte tout sur son passage, ainsi que des déserts de sable et d’herbe. Plus de 2 000 km sont parcourut.

Afin de ne pas être identifiée comme étrangère, l’exploratrice revêt des habits traditionnels tibétains, et se fait passer pour une mendiante. Ils voyagent également de nuit pour limiter le nombre de personnes croisées.

Huit mois plus tard, malgré les nombreuses péripéties rencontrées sur le chemin (rester coincé dans une tempête de neige avec peu de vivres), les deux voyageurs arrivent enfin à Lhassa. Ils y restent ensuite deux mois puis quittent la capitale comme ils y sont rentrés, dans l’anonymat.

Retour en Europe

Plus jeune, Alexandra David Néel rédige quelques articles en faveur de l’émancipation des femmes, et participe au journal La Fronde, fondé par Marguerite Durand en 1897, quotidien entièrement rédigé par des femmes. Elle participe à plusieurs réunions du Conseil National des Femmes Françaises, néanmoins ses idées bien arrêtées divergent de celles de ses disciples : tandis qu’elle considère l’émancipation financière plus importante, les autres privilégient le droit de vote.

À son retour en Europe, l’autrice continue d’écrire, et retranscrit ses tribulations dans plusieurs ouvrages, dont Voyage d’une Parisienne à Lhassa, qui retrace son chemin jusqu’à la capitale et qui connaît un vif succès à sa sortie, en 1927.

Durant cette période, elle donne, toujours accompagnée d’Aphur Yongden, de multiples conférences et achète une maison à Digne-Les-Bains, dans le sud de la France, devenant le premier sanctuaire lamaïste en France.

Archives INA, 02/11/1969

Après son dernier périple en Asie, Alexandra David-Néel revient définitivement en France à l’âge de 78 ans, ou elle continue de retranscrire ses découvertes et aventures. Sa vie entière est marquée par une envie d’apprendre.

Elle ne se limite pas à l’étude des religions telles que le bouddhisme ou l’hindouisme, mais les pratique intensément et s’en imprègne. Elle ramène en Europe une pratique remplie de spiritualité et de connaissances toujours plus enrichissantes, de soi, des autres, du monde qui nous entoure, et de celui que l’on ne perçoit pas toujours.

Alexandra David Néel s’éteint dans sa maison de Digne-les-Bains en 1969, à presque 101 ans. Ses cendres sont transportées puis versées dans le Gange, avec celles de son fils, Aphur Yongden. La demeure dans laquelle elle a vécu ses dernières années abrite aujourd’hui le musée Samten Dzong ( « la Forteresse de la méditation » ), qui retrace son parcours et abrite un espace culturel tibétain.

Alexandra David-Néel est encore aujourd’hui largement reconnue pour son travail et est une large source d’inspiration pour de nombreuses œuvres artistiques, telles que la pièce de théâtre Alexandra David-Néel pour la vie, en 2019, pour les 50 ans de sa disparition.

Pour aller plus loin :

  • La série de bande-dessinée  Une vie avec Alexandra David-Néel, Mathieu Blanchot et Frédéric Campoy
  • Voyage d’une parisienne à Lhassa (ainsi que ses autres livres)

Photo de couverture : Une vie avec Alexandra David-Néel, Mathieu Blanchot et Frédéric Campoy (03/02/2016)


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